En bas, La Paz cuit dans sa cuvette. En haut, l'azur annonce la pleine lune. Mauvais augure : très vite, on nous fait comprendre que les appareils photos, les caméras et les questions ne sont pas les bienvenus. Le « mercado de hechiceria », le fameux marché de la sorcellerie, garde aussi jalousement ses secrets que sa clientèle se montre discrète. Ici, des pierres et des herbes aux vertus curatives diverses et variées, là, des pattes de gallinacé et des fœtus de lama, les techniques médicinales ancestrales des Aymaras ont pignon sur rue dans une capitale pourtant largement ouverte à la modernité. Ses 1.200.000 âmes savent en tout cas où se perdre et se retrouver.
Mais, parce que ces belles âmes ne sont pas des purs esprits, en amont du marché de la sorcellerie, un alignement de boutiques bâties à la hâte et de camions éventrés propose tout ce que la terre bolivienne peut produire. Les « papas » y occupent une place de choix. Il en existe 360 variétés en Bolivie. La pomme de terre se décline en autant de recettes et de sourires...
Tiahuanaco, à 70 kilomètres à l'ouest de La Paz. Ce site aymara, à son apogée entre les IVe et VIe siècles, pouvait accueillir jusqu'à 20.000 personnes. Ce jour-là, au milieu des ruines, entre les nombreux scolaires et les rares touristes, elles étaient une centaine tout au plus. Les jeunes ns n'en croyaient ni leurs yeux ni leurs oreilles. Les touristes, dont les rougeurs avaient valeur de passeport, essayaient de comprendre.
Le groupe K'ala marka, « village de pierre » en aymara, avait investi les ruines, le temps de tourner quelques clips. Tournage auquel l'équipe de « Visa Coopération » était étroitement associée après une rencontre aussi heureuse qu'hasardeuse dans une des nombreuses manifestions qui ralentissent un peu plus la circulation laborieuse de la capitale.
K'ala Marka est la « voix » de la Bolivie. Une voix entre tradition et modernité que toute l'Amérique latine entend. Habitué à la liesse des stades, le groupe aime aussi l'intimité des petites salles. Petit, le « Don Bosco » l'était de toute évidence. Les 4.300 places, assises le temps d'un premier couplet, d'un premier refrain, ont vite été prises d'assaut par des fans de tous les âges, de toutes les conditions, de tous les peuples.
Au pied des musiciens rayonnants de bonheur, les danseurs et danseuses d'ADAF et de Sentimiento nacional qui les avaient accompagnés au Tiahuanaco, remontent le cours de l'histoire, descendent les torrents andins jusqu'au plus profond de la forêt amazonienne. Un long et beau périple où l'esprit voyage plus loin que le corps. Et en trois heures d'ondes positives, il en a fait du chemin...
Dehors, la nuit enveloppe La Paz toujours éveillée. Hugo et Rodolfo, les deux leaders de K'ala marka, dispensent avec un égal sourire, une égale humilité, à leurs fans Le charme n'est pas rompu...
« Todos los bolivians somos uno solo ». Hernan Jimenez, le ministre de l'Education et de la scolarisation, a depuis longtemps fait sien le slogan de K'ala marka. Et, en cette période troublée dans la région de Santa Cruz, le ministre a bousculé son agenda pour saluer le message de fraternité de Rodolfo et Hugo, ses amis. « Le peuple n'est plus spectateur mais acteur, nous a-t-il confié peu avant le concert. A Santa Cruz, il a choisi l'unité. La musique ? Elle est un moyen de communication et d'intégration, de transmission des cultures. »
« K'ala marqua » joint le geste à la parole. Sur le plateau d'« Unitel », l'une des trois plus grosses chaînes de télévision privée de Bolivie, Hugo et Rodolfo ont tenu à participer à l'élan de solidarité autour du petit Jaroslavia en attente d'une opération du cœur. Celle-ci devrait avoir lieu au Brésil, une fois réunis les 10.000 dollars nécessaires.
Evo, Rudolfo et Hugo. Le président Morales et les deux leaders de « K'ala marka » n'ont pas attendu le G8 de l'Amérique latine, en 2006, à Cechabanba, pour se rencontrer. Leur musique a rythmé la campagne présidentielle victorieuse d'Evo Morales dont le discours emprunte aux mêmes accents de sincérité, celle de tout un peuple dont la culture n'a jamais été à la botte d'un pouvoir militaire ou policier. « Nous sommes très fiers d'avoir pu contribuer à son élection, se félicite Hugo. Nous partageons les mêmes valeurs, la même cause. Il s'est reconnu dans notre musique comme nous dans sa volonté politique. Evo est aussi musicien. Il joue de la trompette. »
Une rencontre en appelant une autre, Hugo et Rodolfo nous présente Rossé-Marie Vargas. Elle a fait du voyage son métier. Dans ses bagages, Olaf Hendriksz. Fatigué de courir le Plat Pays, il prospecte aujourd'hui la montagne bolivienne avant de se perdre au Brésil et au Venezuela. Lui aussi est du métier. Autour d'une tasse de maté de coca, chez Hugo, ils n'ont pas été avares de conseils. Maria nous avait déjà très obligeamment fourni un contact prometteur pour la découverte du lac Titicaca. Il a tenu toutes ses promesses.